Le Boston

Ce jeu est né, comme son nom l'indique, à Boston, aux États-Unis, pendant le siège de cette ville, en 1773, lors de la guerre de l'Indépendance. C'est un dérivé du whist, dont le lecteur trouvera les règles dans l'un des ouvrages cités dans la section Bibliographie. Il comporte trois variantes principales :

1- Chaque joueur joue pour son propre compte. Si, en examinant son jeu, il a l'impression qu'il peut réaliser à lui seul huit levées, il annonce : « indépendance », et il joue alors seul contre les trois autres. S'il a l'impression qu'il ne peut pas réaliser les huit levées à lui seul, mais s'il peut les faire avec le soutien d'un autre joueur (par exemple : cinq levées dans sa main et peut-être trois levées chez un autre), il annonce : « Je demande ». L'un des trois autres joueurs peut alors lui répondre : « Je soutiens », et les deux joueurs sont associés pour le coup en question. Enfin, un joueur dont le jeu est faible, dit: « Je passe. »

2 - Le but du jeu est de faire huit levées (soit huit levées isolément, soit cinq plus trois levées). Si l'indépendant ou le demandeur a réalisé les huit levées en question, il remporte un certain nombre de fiches; sinon, il est pénalisé, et doit donner à chacun de ses adversaires un certain nombre de fiches, pour sanctionner sa « chute ».

3 - Le Valet de Carreau, appelé encore boston est la carte la plus forte du jeu (elle est supérieure à l'As d'atout). Le boston a connu de nombreuses variantes (par exemple, le boston français, le boston breton), et en particulier des variantes dans lesquelles les annonces sont assez complexes, le joueur qui demande proposant à ses adversaires de réaliser un nombre bien défini de levées (et non pas seulement huit, comme dans le cas du boston simple). Une forme dérivée à la fois du boston et du whist est le whist à la couleur, qui est un jeu extrêmement intéressant, précurseur direct du bridge. Enfin, il existe une variante du whist à trois joueurs, dans laquelle on étale les jeux d'un quatrième joueur fictif, qu'on appelle le « muet » (dummy) : ce « muet » est en quelque sorte l'ancêtre du « mort » au bridge.

Nous ne nous attarderons pas sur les règles de ces jeux. Nous remarquerons simplement quelques-uns de leurs caractères originaux :

1 - Il s'agit, avec le whist ou avec le boston, d'un jeu par équipe (même si, dans certains cas, l'association est momentanée comme au boston). Comme les partenaires ignorent mutuellement leurs jeux, tout comme ils ignorent ceux de leurs adversaires, il est nécessaire d'envisager toute une série de moyens tactiques qui permettent, par déduction, à chaque joueur, de reconstituer hypothétiquement le jeu de son partenaire et ceux de ses adversaires. Le whist et le boston sont donc des jeux de calcul, dans lesquels le hasard ne joue qu'au moment de la distribution. Comme on peut supposer que des joueurs de whist se livreront à ce jeu un très grand nombre de fois dans leur vie, on peut affirmer, statistiquement, que le nombre de distributions favorables se rencontrera dans la même proportion que le nombre de distributions défavorables, du moins sur un grand nombre de donnes. Par conséquent, les gains d'un joueur dépendent, essentiellement, de son habileté déductive.

2 - Une autre originalité du whist est la double marque, à l'aide de points et à l'aide de fiches. Les points sanctionnent, en quelque sorte, le déroulement de la partie proprement dite : le fait de posséder des honneurs, d'avoir réalisé un certain nombre de tricks, etc. Les fiches sont ce qu'on pourrait appeler les « sanctions financières » de la partie. Nous retrouverons cela au bridge, où l'on distingue les points de manche des points de pénalité et des points d'honneurs.

3 - Le whist à trois fait intervenir, avons-nous dit, un quatrième joueur fictif, c'est-à-dire un « mort» (dummy). Dans le bridge moderne, le « mort » n'est pas un joueur fictif : au stade des enchères, c'est un joueur bien réel, comme nous le verrons bientôt.

4 - Nous venons de parler d' « enchères ». Là aussi, l'originalité du whist, sous sa forme bostonienne, est à souligner : avant de jouer le coup, les joueurs proposent une sorte de pari à leurs adversaires. Ils annoncent le nombre de levées qu'ils entendent faire, compte tenu de leurs jeux. Nous verrons que cette phase du jeu, qui n'est pas très importante au whist, est capitale au bridge.